Raghad Qudeh est devant ce qu’il reste de la maison dans Khuza’a, à
l’endroit
même où un soldat israélien a abattu son oncle le 25 juillet
- Photo : MEE/Mohammed Omer
même où un soldat israélien a abattu son oncle le 25 juillet
- Photo : MEE/Mohammed Omer
Khouza’a - Raghad Qudeh avait nulle part où aller, sauf la maison de
son oncle, Mohammed Tawfiq Qudeh, 64 ans, qui avait un sous-sol.
Pour deux nuits consécutives, les forces israéliennes ont utilisé
toutes sortes d’armes et de missiles pour frapper sa maison. « Ils
utilisaient même des pesticides, comme s’ils étaient juste en train de
tuer les insectes », a déclaré Raghad.
Puis le vendredi 25 Juillet, à côté de la maison de Raghad, la maison
de son voisin, Helmi Abu Rejela, a été touchée et toute sa famille
disparut sous les décombres.
Après le bombardement, les soldats israéliens tiraient tout autour de
la maison de Raghad. Dans un moment de calme, Raghad et sa famille sont
allés se réfugier dans la maison de son oncle, à proximité.
Raghad et avec 21 membres de sa famille se sont alors retrouvés dans
le sous-sol, dont ses sœurs et sa mère. Personne ne voulait partir.
D’autres dans leur quartier avaient tenté de s’échapper à leurs maisons
et avaient été blessés ou tués. Certains de ceux à qui des forces
spéciales israéliennes avaient intimer l’ordre de partir ont été tués
par des tireurs embusqués à l’entrée de la ville, qui est au sud de la
bande de Gaza.
« Nous sommes restés cachés jusqu’à vendredi à midi, » raconte Raghad
tout en pleurant. « Les bulldozers israéliens sont venus près de la
maison de mon oncle, détruisant un côté et les troupes israéliennes ont
fait irruption dans la maison. »
Comme un bulldozer commençait à s’attaquer à la maison, toute la
famille s’est mise à craindre que tout ne s’effondre. Les soldats sont
entrés dans la maison en brisant une porte.
« Nous avions fermé les rideaux, et étions terrifiés quand une balle a
frappé la porte, et des voix nous ont crié de sortir, » dit-elle.
« S’il vous plaît, ne tirez pas »
L’oncle de Raghad, Mohammed, a dit à sa famille qu’il allait ouvrir
la porte et parler avec les soldats, en leur expliquant qu’il n’y avait
que des civils dans la maison
.
« Il est allé courageusement à l’extérieur, avec un drapeau blanc,
pour parler avec eux en disant : « Je suis un homme pacifique et il n’y a
ici que des femmes, des enfants et des personnes âgées ici », raconte
Raghad.
Son oncle, Mohammed, qui vivait une partie du temps en Espagne, a
montré aux soldats sa carte de résident permanent en Espagne (il a
également un permis de séjour) et leur a parlé en anglais, en hébreu, en
arabe et espagnol. Il nous avait expliqué que l’utilisation de
plusieurs langues permettrait d’éviter toute incompréhension.
Il s’approcha, parlant doucement et poliment dans les quatre langues.
« S’il vous plaît, ne tirez pas, » disait-il.
Soudain, un coup sourd se fit entendre, venu d’un soldat aux yeux
bleus, aux cheveux blonds tenant un M-16 dans ses mains tremblantes. Il
n’avait guère que 20 ans, dit Raghad.
« J’ai regardé le soldat dans les yeux et ses yeux semblaient humide », dit-elle.
« Mon père ne faisait que dire : ’S’il vous plaît ne tirez pas sur
nous, nous sommes des gens pacifiques», raconte avec désespoir sa fille
Buthina Qudeh, de 35 ans. « Mais le soldat lui a quand même tiré
dessus. »
Raghad est encore sous le choc. Elle n’avait jamais imaginé que les troupes israéliennes tueraient un homme désarmé.
« Je comprends qu’ils puissent tuer de près un combattant de la
résistance, mais tuer un vieil homme, innocent, qui ne montrait que de
la gentillesse ? » demande-t-elle.
Buthina continue : « Habituellement, mon père était un peu plus
direct avec les soldats israéliens, leur criant d’arrêter de nous
insulter de façon humiliante, mais cette fois, il semblait s’être rendre
compte que la prudence était requise pour protéger la vie de la famille
qui était avec lui. »
« C’était un meurtre de sang-froid, ils ont tué un être humain,
devant nos yeux, sans raison », a déclaré Raghad, un étudiant en langue
anglaise.
Helen Hintjens, professeur dans le droits de l’homme et basée à La
Haye, a estimé que ce qui s’est passé au cours de la guerre actuelle à
Gaza et tel que décrit par Raghad, quand les gens cherchent à s’abriter
et sont pourtant attaqués, lui rappelle le génocide rwandais.
« Là également des femmes, des enfants, des personnes âgées et des
hommes non-combattants, aucun ne participant à des combats, ont été
abattus dans des lieux supposés sûrs, comme des églises, des hôpitaux,
des écoles », a déclaré Hintjens. « Cela ressemble fortement à du
génocide. Cela ressemble à un autre génocide, dans tous ses aspects. »
« Vos balles nous ont obligés à rester à l’intérieur »
Après que le soldat ait tiré sur son père, poursuit Buthina, les
trois soldats ont reculé et jeté des gaz lacrymogènes sur la famille.
Raghad et sa famille ont couru à l’intérieur, car à cause des gaz
lacrymogènes, il était difficile de respirer, ou même de voir le corps
de Mohammed.
Quelques minutes plus tard, les trois mêmes soldats sont entrés à nouveau dans la maison.
« Pourquoi n’avez-vous pas quitté la maison ? » ont-ils demandé.
« Nous avons essayé », a dit Raghad aux soldats, « mais vous tiriez
sur nous, vos balles nous ont forcés à rester à l’intérieur. »
Raghad raconte les événements de ce jour devant la même maison qui
était autrefois une petite ferme avec des chèvres, des colombes, des
poulets et ses chiens. Tous les animaux de la ferme ont été tués, leurs
corps éparpillés au milieu d’une odeur de viande morte, autour de ce qui
était autrefois un beau jardin. On ne peut pas dire si cela vient des
animaux ou des cadavres humains qui sont à côté.
Raghad explique qu’elle a communiqué en anglais avec le soldat à qui
elle disait pourquoi ils n’avaient pas quitté la maison. Mais le soldat
qui a assassiné son oncle, Mohammed Qudeh, n’a pas dit un mot. Il avait
toujours les mains posées sur son arme, prêt à tirer sur quiconque.
« Je leur ai dit, nous sommes des enfants et des femmes, ma cousine a
parlé en hébreu, j’ai parlé en anglais et en bas les enfants hurlaient,
en arabe, » raconte-t-elle.
« Après avoir tué mon oncle, ils nous ont dit de partir, » dit-elle
encore. Sur les ordres des soldats, Raghad et sa famille ont dû
retourner à la maison de ses parents, laissant le corps de son oncle en
sang, avec sa bouche ouverte.
Alors que Raghad et sa famille sont retournées dans leur maison, la
plupart des membres masculins de la famille, dont le fils de Mohammed
Qudeh, Ramadan Mohammed Qudeh, ont été maintenus en arrière.
Pendant plusieurs heures, dit Ramadan, les soldats se sont servis
d’eux, lui et d’autres parents, en les déplaçant d’une pièce à l’autre
autour de la maison, en les utilisant comme boucliers humains quand ils
tiraient par les fenêtres.
À ce moment-là, il n’y avait pas de combattants [de la résistance
palestinienne] tirant sur les soldats, mais Ramadan était tout de même
très effrayé.
« Nous aurions pu être tués à tout moment, » dit-il.
Sous l’escalier
Comme Raghad et sa famille retournaient vers leur maison, les soldats
debout à environ deux mètres ont tiré des balles en direction des pieds
des enfants et des femmes, une pratique courante utilisée pour
terroriser les civils.
« Nous sommes habitués à ce qu’ils nous bombardent d’en haut,
démolissent nos maisons avec des bulldozers, ou tirent obus de chars,
mais qu’ils s’introduisent dans votre maison, et vous assassinent en
face de votre famille est quelque chose que nous n’avons jamais vu -
nous sont de simples gens, qui ne méritent pas cela », dit Raghad.
Il n’y a pas d’humanité en eux, ils sont cruels et sans cœur, »
ajoute-t-elle tout en retenant ses larmes pour que sa voix reste forte.
Quand ils sont revenus à la maison de ses parents, la famille s’est
cachée sous l’escalier, le seul endroit où ils se sentaient un peu
protégés. Raghad a demandé à son père et à tout le monde de prier et de
se préparer à mourir sous les balles israéliennes.
Soudain, un bulldozer a fait un trou dans la clôture de la maison et
des balles ont été tirées en direction de l’escalier, dit-elle.
Un pistolet a alors été pointé à travers le trou que Raghad avait
fait pour essayer de voir ce qui se passait. Un soldat a crié, « Raghad,
viens ici ... qui est à l’intérieur ? »
« Ce n’est que ma famille », a-t-elle répondu. Le soldat a exigé qu’ils sortent tous, un par un.
Son père, qui a 60 ans, a été bousculé par les soldats à l’aide de la
crosse de leurs fusils. « Je me sentais si triste pour mon père, un
vieil homme paisible qui est frappé par eux », dit-elle.
La famille a été ramenée dans la maison où elle se cachait
auparavant. Quand Raghad a demandé où était son oncle, les soldats ont
dit qu’ils lui avaient donné les premiers soins et qu’il allait bien.
« Je me suis sentie soulagée quand ils m’ont dit qu’il était en vie, »
dit-elle.
Les enfants hurlaient, demandant de l’eau, mais les deux soldats aux
cheveux blonds se fichaient bien de nous et ont refusé de nous laisser
utiliser les toilettes ou de boire de l’eau, dit-elle.
« Nous étions sous la menace de leurs armes, incapables de faire quoi que ce soit », dit Raghad.
Seul un soldat druze vint à eux avec une bouteille d’eau. Parlant
l’arabe, il leur a dit de se boucher les oreilles à cause des
explosions.
Les frères de Raghad ont été menottés, les yeux bandés et ils ont été
emmenés vers une destination inconnue. Ils criaient aux soldats :
« Nous n’avons rien fait, pour l’amour de Dieu », alors que la fumée
sortait des bâtiments à proximité.
Chaque fois que Raghad demandait à un soldat s’ils pouvaient sortir
ou simplement utiliser les toilettes, ils répondaient : « Demandez au
Hamas. »
Un des soldats portant une kippa bleu foncé demanda à Raghad de dire
où étaient les tunnels, en échange de pouvoir partir. Elle lui dit
qu’elle ne savait rien au sujet du Hamas.
« Quand les femmes ont finalement été autorisés à utiliser les
toilettes, les soldats venaient à l’intérieur des toilettes à nous
observaient, » dit-elle.
Les soldats passaient au milieu des enfants avec des chiens, pour
leur faire peur. Ils rechargeaient aussi leurs armes, en faisant un
bruit semblable à celui que la famille avait entendu lorsque l’oncle
Mohammed a été abattu.
« Quelqu’un va venir vous donner des instructions sur ce qu’il faut faire », a dit un soldat à Raghad et à sa famille.
Quelques instants plus tard, le père de Raghad, Ramadan, est venu et
leur a dit : « Ils nous ont ordonné de partir par un chemin précis, de
ne pas regarder sur les côtés ou de vouloir parler aux soldats. »
« S’il te plaît, reste calme, » dit Ramadan à sa fille, en lui
confirmant ensuite que son oncle avait été tué. « Va jusqu’à lui
tranquillement et fais-lui tes adieux. »
Un dernier regard et une question
Tous les enfants et les femmes se sont précipités vers le corps qui
gisait dans une mare de sang. Certains saisissaient leur oncle et
grand-père par sa moustache si grande... Ils avaient quelques secondes
pour un dernier regard, certains lui embrassant les mains, d’autres
embrassant son front et ses jambes, mais en essayant de ne pas faire de
bruit pour que les soldats ne se mettent pas à tirer sur eux.
« Je l’ai embrassé et lui ai dit combien j’étais fière de lui », a déclaré Raghad.
La famille a été autorisée à s’enfuir, mais le corps de Mohammed a
été laissé en arrière. Alors que tous étaient partis, elle s’attarda à
poser à un des soldats - lequel parlait anglais avec un parfait accent
britannique.
« Pourquoi avez-vous tué mon oncle, un homme si pacifique ? » demanda t-elle.
« Et il s’est mis à pleurer, en détournant son visage », ajoute
Raghad. Un autre soldat distribuait du chewing-gum aux enfants qui ne
pouvaient refuser parce qu’ils avaient faim et soif « et que nos vies
étaient encore dans leurs mains des soldats. »
Raghad, son père et sa famille - quatre enfants, 10 femmes et six
hommes - ont marché environ 7 km depuis la maison de leur oncle, en
croisant plusieurs cadavres alors qu’ils marchaient dans leur ville. Au
cours de leur fuite le long des routes défoncées par les bulldozers
israéliens, des soldats ont à nouveau tiré sur eux.
« Parfois, les soldats nous menaçaient en disant : « Tu vas mourir en route », dit Buthina.
Les soldats, dit-elle, ont menti à sa famille en disant qu’ils
avaient voulu soigner son père. Son corps n’avait pas été déplacé et il
était resté exactement au même endroit, dans la même position que
lorsqu’il a été tué.
« C’était une exécution de sang-froid de mon père, devant nous. Ce
que je suis aujourd’hui, c’est pour beaucoup à lui que je le dois », a
déclaré Buthina.
À l’extérieur de la maison, dans ce qui avait été un beau jardin, le
corps est resté pendant plusieurs jours, jusqu’à être méconnaissable
quand il a été amené à l’hôpital Nasser. Il était gonflé et meurtri,
mais en meilleur état que d’autres cadavres dans la bande de Gaza,
mangés par les insectes.
![[Info-Palestine.eu] - Gaza : l’armée d’occupation s’est rendue coupable d’exécutions sommaires <script> identifiant_article = 14860; </script> http://www.info-palestine.eu/spip.php?article14860](http://kwout.com/cutout/x/8r/ie/hrw.jpg)
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http://www.middleeasteye.net/news/p...
Traduction : Info-Palestine - Naguib
http://www.middleeasteye.net/news/p...
Traduction : Info-Palestine - Naguib
Source :
Info-Palestine.eu :: Lien
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