vendredi 22 août 2014

Gevalt*, l’antisémitisme !

Traduit par  Eve Harguindey


Israël est aujourd’hui l’endroit le plus dangereux au monde pour les Juifs. Depuis sa création, plus de Juifs ont été tués ou blessés dans des guerres ou des attaques terroristes qui ont eu lieu en Israël que n’importe où ailleurs. La guerre de Gaza a entraîné une marche arrière, dans la mesure où elle a aussi mis en danger les juifs du monde entier, comme aucun conflit auparavant ne l’avait fait. Le foyer juif, le refuge national, non seulement ne sert pas de refuge, mais en plus menace les juifs partout ailleurs. Si vous faites le bilan de la guerre, incluez ça aussi dans la colonne des pertes.

 



Une vague d’animosité s’est répandue dans l’opinion publique internationale. Contrastant avec la complaisance, l'aveuglement  et la suffisance de l'opinion publique israélienne, les gens à l’étranger ont vu les photos de Gaza et ont été atterrés. Aucune personne dotée de conscience n’aurait pu y rester insensible. Le choc s’est mué en haine pour l’État qui avait fait tout cela et, dans des cas extrêmes, cette haine a aussi fait sortir l’antisémitisme de sa tanière. Oui, il y a de l’antisémitisme dans le monde, même au 21ème siècle, et Israël l’a alimenté. Israël a fourni d’abondantes excuses à cette haine.
 
Mais tout sentiment anti-israélien n’est pas de l’antisémitisme. C’est le contraire qui est vrai : la critique d’Israël reste en grande partie fondée et morale. L’antisémitisme, qui est raciste comme l'est toute haine nationale, a émergé en marge de cette critique – et c’est Israël qui est indirectement responsable de son apparition.

Mais Israël et l’establishment de la diaspora juive estampillent automatiquement toute critique comme antisémite. C’est un vieux truc– le fardeau de la culpabilité est transféré de ceux qui ont commis les horreurs à Gaza à ceux qui sont accusés de prétendu antisémitisme. Ce n’est pas nous, c’est vous, bandes d’ antisémites. Quoi que fasse Israël, le monde entier est contre lui.

Il s’agit évidemment là d’un non-sens. De même que tout policier verbalisant un automobiliste juif n’est pas antisémite, comme tentent de le faire croire les organisations juives, et que tout vol à main armée contre un un rabbin n’est pas un crime motivé par la haine, toute critique d’Israël n’est pas motivée par la haine des juifs.

En s’en faisant les paratonnerres, ces organisations ont attiré sur elles-mêmes les critiques contre Israël. C'est le prix de leur soutien aveugle à Israël, de leurs campagnes tonitruantes de propagande au nom d’Israël, de la transformation de chaque centre communautaire juif en agence de relations publiques pour Israël, et de leur soutien unanime à tout ce que fait Israël. Nous ne formons qu’un seul peuple, disent-elles. Dans ce cas, si chaque juif osant critiquer  à Israël, même lorsqu’ Israël se comporte avec brutalité, est un juif haineux de lui-même – alors tous en portent la responsabilité.

Quelques juifs vivant hors d’Israël m’ont  envoyé pendant la guerre des messages apeurés, me priant d’arrêter d’écrire mes articles, de cesser mes critiques, parce que les antisémites les utilisent. Je leur ai répondu à tous que l'ensemble de mes articles a moins affecté Israël qu'un seul reportage de Gaza. Je connais aussi beaucoup de gens qui conservent de la sympathie pour Israël précisément pour ce qui y reste de société libre et ouverte à la critique.

Quoiqu’il en soit, la peur qu'éprouvent les juifs devrait être dirigée contre l’État d’Israël. Beaucoup de Juifs ont peur, désormais. Même si cette peur est en partie exagérée, elle est en partie justifiée. Il me semble qu’il reste encore plus dur d’être musulman en Europe que d'être juif. Mais à Paris, les juifs n’osent pas mettre de kippa, en Belgique on a refusé à une femme l'entrée d'un magasin au motif qu’elle était juive, et un journaliste français, en visite à Alger la semaine dernière, m’a rapporté que la haine d'Israël et des juifs en France avait atteint un niveau sans précédent.

C’est à Israël qu'il faut s'en plaindre, car c’est Israël qui est responsable de ce qui se passe à Gaza.

Quiconque s’inquiète pour le sort des juifs, quiconque est choqué par les incidents antisémites, aurait dû y réfléchir avant d'entraîner Israël dans une nouvelle guerre frénétique. Le monde n’est pas toujours contre Israël. Il suffit de se rappeler le statut d’Israël à l'époque d’Oslo, lorsque le monde entier l’adulait, y compris des secteurs du monde arabe. Ce monde-là se réjouira de pouvoir à nouveau accueillir Israël, si seulement ce pays arrête de rouler des mécaniques.

Gevalt, l’antisémitisme ? Peut être. Mais c’est Israël qui fournit le carburant.

* “Oy gevalt” est une exclamation yiddish (de l’allemand “Gewalt”, violence) exprimant un choc ou la peur, qu’on peut traduire par “Mon Dieu ! ” [Note de Tlaxcala]





Le Werwolf


 http://www.haaretz.com/opinion/.premium-1.610481


 Merci à Tlaxcala
Date de parution de l'article original: 14/08/2014
URL de cette page: http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=13183 


Original: Gevalt*, anti-Semitism!
Traductions disponibles : Deutsch  Italiano 
 

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