Comment comprendre ce processus de balkanisation qui touche l’Ukraine…
ce qui déclenche le phénomène est le refus d’être enrôlé dans la guerre
du Donbass. Mais il y a aussi quelque chose de plus profond qu relève de
l’histoire des civilisations dans cette Europe centrale: la
multiplicité de ces groupes ethniques au coeur de l’Europe qui
perpétuent une manière d’être, parfois des langues, des cultures. Ces
microsociétés sont littéralement allergiques aux impérialisme
fascisants, aux ultranationalismes chauvins qui prétendent fonder une
unité nationale sur l’exclusion. Les Ruthènes sont un groupe ethnique
qui n’a jamais constitué d’État indépendant, à part sur une courte
période de six mois en 1919 (Podkarpatska Rus). Les Ruthènes forment un
peuple qui a connu une forte immigration et qui partout reconstitue un
lien avec le pays d’orgine qui est justement les Trancarpathes. Il y a
de fortes communautés Ruthènes aux Etats-Unis, en Serbie, (Vodovnie) et
en Hongrie. Ainsi, les Ruthènes sont semblables aux autres ethnicités
frontalières, et leur éveil national peut être considéré par certains
comme une négation du nationalisme ukrainien. ce qui apparaît trés
clairement dans la prise de position de leur leader.

Notons qu’en mai 2014, la Transcarpathie avait déjà menacé de déclarer
son indépendance comme en témoigne l’article que nous avions publié sur
le sujet:
Mais au-delà de ces différents événements qui témoignent à quel point
les Etats-Unis et l’Europe ont ouvert la boîte de Pandore de toutes les
balkanisation, je crois qu’il y a dans cette Europe de l’Est qui a connu
le socialisme, l’Union soviétique une richesse d’expérience dont dans
l’état de marasme dans lequel nous nous trouvons nous Français, nous
occidentaux, nous aurions un urgent besoin. En tant que sociologue mais
aussi plus ou moins originaire de ce monde du moins en partie je crois
profondément qu’il faut que nous assimilions cette grande expérience du
XXe siècle qui fut l’aboutissement d’histoires millénaires d’un
continent déchiré et ouvert sur l’Asie autant que la méditerranée
musiciens juifs et ruthènes, orchestre pour cérémonies.
Les Ruthènes constituaient avec les juifs des groupes de musiciens qui
jouaient dans les mariages et si on connait les liens entre tziganes et
juifs dans ce domaine, les liens avec les Ruthènes sont tout aussi
importants. Autre référence, le grand Bela Bartok ne s’est pas contenté
d’aller recueillir la musique hongroise, il est allé dans la
Transcarpathie s’inspirer des Ruthènes, mais comme il travaillait
surtout pour le piano inconnu de ces musiques qualifiées de
folkloriques, ce fut un travail tout à fait original mais qui témoigne
de la richesse de l’apport de ces peuples qui toujours sont resté comme
des témoins d’une culture originale. Et aussi de l’allergie au
nationalisme chauvin. En tant que sociologue me passionnent ces isolats
qui se perpétuent et qui manifestent la richesse de l’échange tout en
souffrant au maximum dès que le nationalisme prend des allures
mortifères.
J’ai déjà dit ailleurs que l’union soviétique- comme
l’ex-Yougoslavie- a constitué un espace privilégié pour l’échange et le
maintien de ces groupes, des espaces pour la première fois pacifiés.
j’ai déclaré en riant qu’il s’agissait à mes yeux d’une sorte de
yiddishland enfin libéré des frontières et des particularismes chauvins.
L’utopie réalisée;.. enfin pas tout à fait…
les Ruthènes sont doncun de ces multiples peuples originaux, des
peuples des confins. Ils sont catholiques mais uniates et ont conservé
beaucoup de rites orthodoxes. Le mouvement national ruthène prend deux
formes : l’une considère les Ruthènes comme une nation slave orientale
séparée, alors que l’autre se fonde sur le concept de l’unité
fraternelle avec les Russes.Ils
ont une double relation avec la Hongrie et avec la Russie quelque chose
d’assez comparable avec la Moldavie par rapport à la Roumanie.
Leur destin est ici encore plus manifeste puisque nous avons vu
recemment que la minorité roumaine de l’ouest de l’Ukraine avait bloqué
les autoroutes en refusant que les fils et maris partent dans le
Donbass. La minorité roumaine accusait Kiev de prendre en priorité leurs
enfants pour l’armée dans laquelle elle ne souhaitait pas être enrôlée.
Nous avons ici la même revendication poussée encore plus loin
puisqu’elle revendique le séparatisme.
Source :
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