lundi 18 août 2014

Mariages mixtes en Israël : rêve ou réalité ?




En ces jours tempétueux que connaît le Moyen-Orient actuellement avec les crimes odieux et cruels perpétrés par l’Etat islamique en Syrie et en Irak, la guerre entre Israël et le Hamas n’est terminée, et nous suivons avec une certaine angoisse les négociations qui se déroulent en Egypte, en espérant qu’elles aboutissent un accord qui apportera un peu de calme et de silence à nos citoyens, et nous rapprochera peut-être d’un accord politique.

En effet, bien que le feu ait cessé de faire rage dans le sud du pays, le feu des manifestations de racisme et d’incitation à la haine continue lui de s’embraser. Ces derniers jours, la ville de Jaffa s’est enflammée. Après l’opération ‘’Bordure Protectrice’’, ce qui semble importer le plus les résidents, ce qui est au centre de toutes les conversations, c’est ‘’l’opération Mariage” menée Mahmoud et Morel, un jeune couple d’amoureux, qui ne demandé rien d’autre que de vivre son amour et de se marier. Pendant un moment, il a même semblé que les habitants de Jaffa ont oublié le boycott économique de leurs commerces, dont ils ont souffert, et souffrent encore ces dernières semaines, “juste pour que ce mariage se passe dans le calme”.

Mahmoud et Moral se connaissent depuis cinq ans déjà. Ils ont pensé naïvement que leur mariage se passerait comme si de rien n’était, avec le choix d’une salle, d’un menu, une liste d’invités, un orchestre de musique... Comme n’importe quel couple. Mais ce couple est “différent” des autres, c’est un couple mixte. Mahmoud est un jeune musulman de 26 ans et Moral est une jeune fille juive.

Au moment même où le fossé entre Arabes et Juifs s’aggrave, et où la radicalisation s’intensifie, Mahmoud et Moral se sont retrouvés au milieu d’une tempête qu’ils n’avaient pas prévu. Ils n’ont pas pensé un instant que les manifestations de racisme et les incitations à la haine arriveraient jusqu’à eux et les rattraperaient au milieu des préparatifs de leur mariage. Et ils ne pensaient pas non plus que la lourde tension entre les deux peuples arabe et juif, seraient un poid sur leurs jeunes épaules. Ils voulaient juste former une famille. Si cet objectif qui constitue la base chez tous les autres couples, cela semble bien trop compliqué dès lors qu’il s’agit d’un marié arabe et d’une mariée juive.

La dernière chose à laquelle ils s’attendaient, c’était de voir la poignée d’extrémistes du groupe “Lehava” (contre l’assimilation en Israël) se mêler de leurs affaires. Le groupe a effet décidé d’empêcher ce mariage très médiatisé.

Les menaces pour faire annuler ce mariage se sont multipliées, et une page Facebook a été créée pour appeler les extrémistes à manifester contre le mariage. En plus de tous les frais liés au mariage, le jeune couple n’a pas prévu qu’il allait devoir payer 13 agents de sécurité pour assurer la sécurité du mariage. Une véritable "opération".

Même dans ses pires cauchemars, le jeune couple n’avait pas imaginé qu'en ce grand jour de joie qu’est le mariage, il allait devoir se rendre au tribunal, pour savoir s’il allait être possible d’empêcher l’extrême droite de manifester devant la salle. Les manifestants ont finalement été autorisés à se rassembler à 200 mètres de la salle de mariage.

De nos jours, de nombreux cas d’extrémisme, de racisme et de haine touchent la vie quotidienne de nombreux Arabes et perturbe l’ensemble de cette communauté.

L’histoire de Mahmoud et Moral s’ajoute à de nombreux autres cas récents qui se sont déroulés en différents endroits dans le pays. Le point commun entre tous les événements est l’extrémisme, le racisme et la haine de l’autre.

De nombreux parents disent à leurs enfants de ne pas parler en arabe dans les lieux publics. Il y a le boycott des commerces arabes. Il y a la crainte des parents de laisser leurs enfants aller dans les lieux de divertissement publics.

Cela me rappelle une conversation que j’ai eue avec une amie il y a environ deux semaines et qui m’a sérieusement perturbée. C’est une fille musulmane pratiquante qui porter un voile sur la tête. Un jour, alors qu’elle prenait le train depuis la région de Tel Aviv pour se rendre Haïfa, une fille traditionaliste avec la tête couverte, elle a eu la chance de monter parmi les premiers et de trouver une place pour s’asseoir. Ce jour-là le train était bondé et beaucoup de gens restaient debout car ils ne trouvaient pas de place où s’asseoir. Pourtant, à côté et en face d’elle, il y avait des places disponibles, mais personne n’est venue s’assoir.. Elle a ainsi voyagé comme dans une bulle, entourée de sièges vides.

La question du racisme et de la discrimination envers les Arabes, n’est pas une question juridique. La loi interdit la discrimination sur la base de la religion, la race ou l’appartenance nationale. Enfreindre cette loi, c’est porter atteinte aux droits civils de base. Ce problème pose la difficile question de savoir si l’Etat d’Israël, qui est depuis toujours en conflit avec son voisin palestinien, est capable de faire avancer ce sujet, et de donner à sa population arabe une citoyenneté pleine et entière.

C’est une question fondamentale que ne se pose pas le jeune couple en ce moment.

Le mariage de Mahmoud et de Morel a néanmoins eu lieu. D’un côté, il y a eu une manifestation et de haine, et en face, une contre manifestation. Des militants de gauche pour la paix venus apporter leur soutien aux mariés, avec des fleurs et des messages d’encouragement. Cela doit nous rappeler qu’il y a encore des voix censées dans ce pays, même si elles sont isolées.

Le jeune couple vivra sa vie dans l’espoir que les extrémistes perturbateurs les laisseront tranquille, et qu’ils arrêteront de les harceler.

Est-ce qu’il y a, en Israël, la place pour des mariages mixtes? Moral et Mahmoud parviendront-ils à surmonter les barrières et les obstacles, à poursuivre leur chemin et à fonder une famille? J’espère qu’en fin de compte l’amour triomphera de la haine, et que le jeune couple n’aura pas à supporter toute sa vie la détérioration des relations entre Arabes et Juifs.

Nadia Hilou est une ancienne députée de la Knesset, à présent conférencière, consultante et chercheur pour la planification de projets à l'Institut d'études de sécurité nationale (INSS).


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