C'est un genre particulier de speed dating : à Londres, Los Angeles et bientôt Auckland, on apporte son linge sale en soirée, on se renifle, et on choisit son partenaire par "attraction olfactive"…
Et si la vie et le sexe étaient plus simples que ce que l'on
nous fait croire ? Une histoire de sueur et de sécrétions, une affaire
de messages chimiques subliminaux transmis par des phéromones,
ces substances volatiles qui orienteraient irrésistiblement nos
comportements et surtout nos attractions sexuelles. Un rêve bestial, un
fantasme animalier. Cet été, la question revient sous la forme d'une
actualité ultra-branchée.
Après un lancement en Californie, où l'on a toujours
plusieurs tendances d'avance, des allumés d'East London ont organisé le
15 juillet dernier une Pheromone Party, soirée de speed
dating d'un genre particulier. On choisit son partenaire en le
reniflant. Ou plutôt en reniflant son linge sale.
L'idée a été lancée sur un site et sur Facebook par Judy Nadal, une organisatrice de soirées, et le principe en est le suivant :
Sur 340 personnes ayant posé leur candidature, 140 élus - 70
hommes et 70 femmes se sont retrouvés dans un bar du quartier, pour une
cérémonie plutôt new age, à flairer l'"attraction olfactive" la plus
craquante et la plus inspirante. Celle qui pourrait correspondre à une
rencontre fulgurante, puisque tel était l'objectif de l'événement.
Une "Pheromone Party", à Londres, le 25 mars 2014.
(AFP PHOTO / Stories Bar)
(AFP PHOTO / Stories Bar)
Combien sont repartis à deux ? L'histoire ne le dit pas. On ne
saura pas non plus s'ils ont succombé à la réalité de la chimie ou au
grand délire du contexte.
Messages chimiques
C'est le problème. S'il est scientifiquement prouvé
que les insectes et certains vertébrés émettent et détectent des
messages chimiques qui agissent sur leur comportement sexuel, aucune
étude probante ne montre un comportement analogue chez les êtres
humains. Sauf que...
"La question des phéromones dépend de la définition qu'on en donne", relativise
André Holley, spécialiste de l'odorat du Centre des Sciences du Goût et
de l'Alimentation de l'université de Bourgogne.
Quels signaux, quelles molécules ? "Tout cela reste
encore très obscur", ajoute le chercheur. D'autant plus que l'homme
produit un nombre d'odeurs à faire peur. Avec ses millions de glandes
sudoripares sur tout le corps (des aisselles au pubis, du nombril à la
plante des pieds), ses glandes sébacées (près des poils), sans compter
les organes génitaux et le cuir chevelu, il diffuse dans l'air des
milliers de molécules. Allez les repérer...
"Test du tee-shirt puant"
Il y a une dizaine d'années, les chercheurs du
laboratoire d'écologie comportementale de l'université d'Oxford, en
Grande-Bretagne, ont bien tenté de traquer tous ces effluves à
l'occasion d'une expérience qui fut en fait le premier "test du
tee-shirt puant". Le procédé utilisé était le même qu'à Londres - faire
sentir du linge porté par le sexe opposé -, mais dans un cadre bien
moins festif. Pas de drogue, pas d'alcool. On y a appris que les hommes
sont en grande majorité attirés par les odeurs (de femmes) les plus
éloignées des leurs. Et donc les plus complémentaires. En revanche, rien
de concluant côté femmes.
Dans le doute et pour sauver ses soirées, Judy Nadal
préfère croire à son histoire parce que "c'est plus drôle" et que "c'est
une façon de proposer quelque chose de différent pour que les gens se
rencontrent, parlent et fassent la fête ensemble". Selon cette pro de la
rencontre, l'être humain archi-civilisé et mondialisé du XXIe siècle
aime penser que, parfois - et particulièrement dans le champ de
l'attraction sexuelle -, il n'a ni liberté ni choix. Zéro contrôle.
Après tout, c'est l'été, et il n'y a pas de mal à s'imaginer en bêtes de
sexe australopithèques, esclaves de nos sens, menées par le bout du nez. Avis aux amateurs : la prochaine Pheromone Party aura lieu à Auckland le 24 août prochain.
Source :
Nouvel Observateur :: Lien
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