Avec une centaine de complices, Ercan Findikoglu a dérobé 40 millions de dollars en une nuit. Récit de sa capture l’hiver dernier
Ercan Findikoglu savoure sa dernière nuit d’homme libre dans une des
luxueuses suites du Jumeirah, un repère discret d’ultra-riches dans le
centre de Francfort. La vue sur la skyline est imprenable. Au petit
déjeuner, on y sert même du miel produit par les ruches de l’hôtel. Nous
sommes dans la nuit du 19 au 20 décembre 2013. Au 17e étage, dans sa
chambre à plusieurs centaines d’euros la nuit, peut-être que Ercan
Findikoglu se réjouit déjà de ce copieux petit déjeuner. Il n’en aura
pas une miette.
Dans l’ascenseur vitré de l’établissement, cinq
policiers allemands se hissent jusqu’à la suite 1706: la Phantom.
Derrière la porte se terre Ercan Findikoglu, alias «Predator». Un pirate
informatique turc de 32 ans qui, grâce à son talent et l’entregent de
son réseau, a dérobé dix mois plus tôt près de 40 millions de dollars en
une nuit à divers instituts bancaires basés dans 24 pays.
Le récit de ce hold-up numérique est digne des meilleurs polars hollywoodiens. Dans son édition du 17 août, Der Spiegel
relate les menus détails de cette chasse au «Predator». C’est
d’ailleurs grâce à la ténacité des journalistes d’investigation de
l’hebdomadaire allemand, et aux informations des services secrets
américains, que la police allemande a mis la main sur l’un des hackers
les plus talentueux au monde. Voilà pourquoi.
Février 2013, près
de 40 millions de dollars disparaissent en une nuit du réseau bancaire
mondial grâce à des cartes de crédit factices, mais autorisées au
retrait d’argent dans les distributeurs automatiques. Ercan Findikoglu
est le cerveau de ce braquage qui mobilise une centaine de complices de
l’Allemagne aux Etats-Unis en passant par le Japon.
Condamné en Turquie
Le
mode opératoire d’Ercan Findikoglu débute par le piratage d’une filiale
indienne d’une entreprise informatique américaine basée à Bangalore.
Celle-ci veille à la gestion du trafic bancaire pour les instituts
financiers du monde entier. Pour y parvenir, «Predator» exploite une
faille de sécurité de l’entreprise. Il récupère ainsi les données de 12
cartes de crédit de la banque Muscat, à Oman, dont il supprime le
plafond de retrait.
Le hacker turc duplique ensuite ces cartes, qu’il distribue à son
réseau de complices. Cette nuit-là, rien qu’en Allemagne, les
distributeurs automatiques crachent plus de 1,8 million d’euros. Mais
deux membres du réseau d’Ercan Findikoglu – un charpentier néerlandais
de 36 ans et sa mère de 57 ans – se font prendre la main dans le sac à
Düsseldorf avec 168 000 euros en poche. Mais ils avaient gardé le
silence sur l’identité de leur patron de peur que l’on s’en prenne à
leur famille.
«Predator» a déjà été condamné à 22 ans de prison en Turquie pour des faits similaires, rapporte
Der Spiegel
. A la suite de cette nouvelle affaire, Ankara et les Etats-Unis
exigent son extradition. Une requête à laquelle s’oppose fermement
l’avocat du pirate.
Source :
Le Temps.ch :: Lien
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