L’émission de D8 fait partie de ces dizaines de programmes identiques
qui permettent, grâce à des thèmes on ne peut plus racoleurs, de
combler les vides des chaînes du câble et de la TNT. Tous les thèmes
classiques sont traités et retraités, des arnaques en vacances aux
nouvelles formes de prostitution, en passant par les « révélations » sur
les méthodes industrielles…
Totalitarisation progressive de la société
Cette fois, le thème était : « chômage, sécu : comment débusquer les
tricheurs ». Nous pouvions suivre le quotidien de Romain, jeune
contrôleur de la CAF. A priori, rien d’extraordinaire, à ceci près que
l’un de ses contrôles illustrait parfaitement la totalitarisation
progressive mais inexorable de notre société.
Depuis 50 ans, les aides, allocations, subventions, et primes en tous
genres se sont multipliées sous l’action de nos chers élus. À chaque
fois, une volonté au mieux altruiste (mais avec l’argent des autres), au
pire franchement clientéliste, les invite à s’occuper d’une catégorie
précise de la population. Cette fois, il s’agissait de se pencher sur
les fraudes aux allocations logements et autres prestations familiales.
La plupart de ces aides sont soumises à certains critères et conditions.
Le revenu bien sûr, mais également votre situation maritale.
Mais qui dit critère, dit moyen de contournement. Un fraudeur a tout
intérêt à ne pas se déclarer en concubinage, sous peine de voir son
revenu social diminuer, dans la mesure où deux prestations de personnes
seules sont supérieures à une prestation pour un couple. Et qui dit
fraude, dit nécessité de contrôle. Or, comme l’explique Romain, jusqu’à
il y a environ dix ans, il était très difficile d’effectuer un contrôle
efficace, puisque les personnels chargés de cette mission n’avaient
accès qu’à quelques informations, essentiellement publiques.
Devant la multiplication des fraudes, et dans un contexte de comptes
sociaux dramatiquement déficitaires, les moyens à disposition des
contrôleurs ont largement évolué. En plus des informations
administratives complètes (déclarations d’impôts, factures
d’électricité, etc.), ceux-ci ont depuis quelques années la possibilité
d’accéder à l’ensemble de vos relevés bancaires. Tout est bon pour
traquer le fraudeur. Pourtant, l’honnête citoyen ressent un certain
malaise à l’idée qu’un inconnu puisse avoir facilement accès à des
informations potentiellement intimes. Mais l’enquête peut aller beaucoup
plus loin.
Dans le cas précis de la mission du jeune contrôleur, il s’agissait
d’enquêter sur une fraude potentielle à l’aide au logement d’une femme
se déclarant célibataire. Tout commence par une dénonciation, anonyme
qui plus est. Ne faisons aucun parallèle avec une époque passée, nous
atteindrions immédiatement le point Godwin de non-retour. En revanche la
première ligne de cette dénonciation vaut le coup d’être retranscrite
telle quelle : « je me permet (sic) de vous alertez (re sic) sur un cas
de fraude fiscale (trop de sics) ». En clair, la personne en question
vivrait en concubinage. Romain a donc pour mission de recueillir
l’ensemble des éléments nécessaires pour savoir si oui ou non la
personne dénoncée perçoit indûment de l’argent public. L’analyse des
comptes montrant des virements mensuels entre elle et un autre individu,
il décide de prendre rendez-vous avec chacun des « amants » séparément.
Lors de ces entretiens, les questions les plus directes sont posées :
« Est-ce que vous couchez avec cet homme ? Régulièrement ou non ? Mais
si c’est juste à l’occasion, pourquoi lui faites-vous des
virements ? […] ». Le malaise de tout téléspectateur devrait grandir au
fur et à mesure de l’interrogatoire.
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