samedi 23 août 2014

Quand la CAF enquête pour savoir avec qui vous couchez





L’émission de D8 fait partie de ces dizaines de programmes identiques qui permettent, grâce à des thèmes on ne peut plus racoleurs, de combler les vides des chaînes du câble et de la TNT. Tous les thèmes classiques sont traités et retraités, des arnaques en vacances aux nouvelles formes de prostitution, en passant par les « révélations » sur les méthodes industrielles…


Totalitarisation progressive de la société



Cette fois, le thème était : « chômage, sécu : comment débusquer les tricheurs ». Nous pouvions suivre le quotidien de Romain, jeune contrôleur de la CAF. A priori, rien d’extraordinaire, à ceci près que l’un de ses contrôles illustrait parfaitement la totalitarisation progressive mais inexorable de notre société.

Depuis 50 ans, les aides, allocations, subventions, et primes en tous genres se sont multipliées sous l’action de nos chers élus. À chaque fois, une volonté au mieux altruiste (mais avec l’argent des autres), au pire franchement clientéliste, les invite à s’occuper d’une catégorie précise de la population. Cette fois, il s’agissait de se pencher sur les fraudes aux allocations logements et autres prestations familiales. La plupart de ces aides sont soumises à certains critères et conditions. Le revenu bien sûr, mais également votre situation maritale.

Mais qui dit critère, dit moyen de contournement. Un fraudeur a tout intérêt à ne pas se déclarer en concubinage, sous peine de voir son revenu social diminuer, dans la mesure où deux prestations de personnes seules sont supérieures à une prestation pour un couple. Et qui dit fraude, dit nécessité de contrôle. Or, comme l’explique Romain, jusqu’à il y a environ dix ans, il était très difficile d’effectuer un contrôle efficace, puisque les personnels chargés de cette mission n’avaient accès qu’à quelques informations, essentiellement publiques.

Devant la multiplication des fraudes, et dans un contexte de comptes sociaux dramatiquement déficitaires, les moyens à disposition des contrôleurs ont largement évolué. En plus des informations administratives complètes (déclarations d’impôts, factures d’électricité, etc.), ceux-ci ont depuis quelques années la possibilité d’accéder à l’ensemble de vos relevés bancaires. Tout est bon pour traquer le fraudeur. Pourtant, l’honnête citoyen ressent un certain malaise à l’idée qu’un inconnu puisse avoir facilement accès à des informations potentiellement intimes. Mais l’enquête peut aller beaucoup plus loin.

Dans le cas précis de la mission du jeune contrôleur, il s’agissait d’enquêter sur une fraude potentielle à l’aide au logement d’une femme se déclarant célibataire. Tout commence par une dénonciation, anonyme qui plus est. Ne faisons aucun parallèle avec une époque passée, nous atteindrions immédiatement le point Godwin de non-retour. En revanche la première ligne de cette dénonciation vaut le coup d’être retranscrite telle quelle : « je me permet (sic) de vous alertez (re sic) sur un cas de fraude fiscale (trop de sics) ». En clair, la personne en question vivrait en concubinage. Romain a donc pour mission de recueillir l’ensemble des éléments nécessaires pour savoir si oui ou non la personne dénoncée perçoit indûment de l’argent public. L’analyse des comptes montrant des virements mensuels entre elle et un autre individu, il décide de prendre rendez-vous avec chacun des « amants » séparément.

Lors de ces entretiens, les questions les plus directes sont posées : « Est-ce que vous couchez avec cet homme ? Régulièrement ou non ? Mais si c’est juste à l’occasion, pourquoi lui faites-vous des virements ? […] ». Le malaise de tout téléspectateur devrait grandir au fur et à mesure de l’interrogatoire.

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