Traduit par
Dominique Muselet
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La campagne israélienne de bombardements sur Gaza a fait passer le Hamas en première ligne de la cause palestinienne, créant de ce fait une nouvelle réalité à laquelle Israël va désormais devoir faire face.
Israël tue les Palestiniens, puis, comble de la
cruauté, bombarde les cortèges funéraires..
Ici un Palestinien pleure
sur le corps de l’un des trois hommes assassinés dans un cimetière,
après une attaque militaire israélienne sur la ville de Gaza, le 21 août
2014 -
Photo : AFP/Ali Hassan
- Si
Benyamin Netanyahou n’avait pas décidé de prendre comme prétexte le
meurtre des trois colons pour lancer un pogrom contre le Hamas en
Cisjordanie et ensuite attaquer Gaza, le statu quo qui était éminemment
favorable à Israël tiendrait toujours.
Le gouvernement d’unité Fatah-Hamas n’aurait été uni que sur le
papier et il serait passé d’une crise à l’autre sous l’égide de Mahmoud
Abbas. Les salaires des 50 000 fonctionnaires de Gaza n’auraient pas
été payés. Le Hamas serait toujours contenu dans une petite boîte
appelée Gaza, sans argent et sans accès au monde extérieur, avec une
frontière égyptienne encore plus hermétique que la frontière
israélienne.
La campagne de 46 jours semble avoir changé beaucoup de choses.
Elle a réunifié - au moins temporairement - les factions palestiniennes
bien plus solidement qu’aucun pourparler à Doha
n’aurait pu le faire rêver. Mahmoud Abbas a dû changer de position et
passer de la condamnation des tirs de roquettes du Hamas à l’exigence
qu’il soit mis fin au siège. Même s’il est, sans doute, personnellement
fort contrarié du rejet de la proposition égyptienne, il est obligé,
tout comme l’Égypte, de se rapprocher des positions de la résistance.
Il ne peut pas faire autrement.
La campagne israélienne de bombardements a fait passer le Hamas
en première ligne de la cause palestinienne et lui a assuré une place à
la table des dirigeants de l’OLP. Et à l’intérieur du Hamas, l’attaque a
donné plus d’influence au Brigades Ezzedine al-Qassam. Tuer leurs
familles a eu, une fois de plus, l’effet opposé à celui escompté.
Personne ne peut dire, et personne ne le dit à Gaza, que les combattants
se terraient lâchement dans les tunnels pendant que les civils se
prenaient les bombes parce que ce sont leurs civils, leurs femmes et
leurs enfants qui ont été les premières victimes.
Abu Ubaydah, le porte parole des Brigades al-Qassam, a ordonné
impérieusement jeudi à la délégation palestinienne de quitter le Caire
et les pourparlers qu’il a qualifiés de danse avec des démons, après la
tentative d’assassinat de Mohammed Deif, le chef de la branche armée.
Le ton qu’il a employé en dit long. Voilà les Brigades al-Qassam
qui disent, non seulement au reste du Hamas mais aux autres groupes de
la délégation ce qu’ils doivent faire. Ils n’ont jamais fait une
déclaration politique aussi forte précédemment. Cela montre au moins
leur assurance.
L’autre signe que l’attaque contre Gaza fait des vagues
politiques, ce sont les efforts de l’Europe et des USA pour y mettre
fin. Il y a deux semaines, les 28 ministres des Affaires Étrangères de
l’Union Européenne ont appelé au désarmement de toutes les factions de
Gaza, en ligne avec la position d’Israël, en en faisant la condition
pour participer aux pourparlers en vue d’un accord définitif.
Désormais, ils ont compris que la démilitarisation est impossible et
ils proposent une solution plus réaliste, à savoir une discussion sur
la manière d’empêcher le réarmement. Un projet de résolution de l’ONU
préparé par 3 pays européens, la Grande-Bretagne, la France et
l’Allemagne, ne reprend même pas le mot lui-même.
Netanyahou n’est pas près de convaincre l’aile droite de son
cabinet, donc tout ceci est pour l’instant lettre morte. Mais plus la
campagne se prolonge, plus elle aura des conséquence négatives pour
Israël. Soit il lancera une autre offensive, peut-être plus meurtrière
encore, au coeur de la ville de Gaza, et l’armée israélienne a déjà mis
en garde contre les conséquences d'un tel choix. Soit il va falloir
qu’il se fasse à l’idée de mettre fin au siège. C’est un vrai choix
d’Hobson*. Israël est coincé. Le Hamas a réussi à le piéger. Netanyahou
n’a jamais voulu une longue guerre et certainement pas une guerre où
les tirs de roquette du Hamas augmentent avec le temps au lieu de
diminuer.
Le troisième round du conflit a débuté comme une chasse aux
trophées. Netanyahou espérait que la tête de Deif lui permettrait de
crier victoire. Mais même si Israël avait réussi à assassiner Deif,
cela n’aurait rien changé. Comme le montre la biographie de Deif, il a
commencé en lançant des pierres et il est devenu le commandant de ce
qui est désormais une petite armée avec son propre arsenal de
roquettes. D’autres suivront son exemple.
Les funérailles des trois leaders des Brigades al-Qassam abattus
par la frappe aérienne suivante ont rassemblé à Rafah des milliers de
jeunes Palestiniens qui criaient vengeance. Chaque fois qu’Israël
assassine une génération de leaders du Hamas, une plus efficace encore
la remplace. L’armée du Hamas se renforce à chaque fois.
Mais il n’y a pas que les jeunes de Palestine qui sont
irrésistiblement attirés par la cause de la Résistance, elle attire
aussi les sunnites de tout le monde arabe. C’est une chose qu’Israël
devrait prendre au sérieux. Obtenir le soutien de l’Égypte, de l’Arabie
Saoudite et des Émirats Arabes Unis a pu paraître très malin à Israël
sur le court terme. Ces pays soutenaient déjà discrètement Israël et
l’agression contre Gaza n’a fait que révéler leur soutien au grand jour.
Mais sur le long et moyen terme, on peut douter que leur soutien
soit de quelque secours à un pays entouré de pays arabes sunnites.
Parce que l’agression israélienne a replacé la cause palestinienne au
coeur du conflit qui déchire le monde arabe. Les monarchies du Golfe et
les dictatures militaires qui ont donné leur aval à Israël pour
attaquer le Hamas, sont les régimes mêmes qui ont financé et fomenté
les révolutions contre les Printemps Arabes. La cause nationaliste
palestinienne contre l’occupation est assimilée à la lutte contre les
dictatures soutenues par l’Occident.
Les brigades Qassam sont un symbole de résistance qui dépasse largement Rafah. Elles inspirent aussi la jeunesse égyptienne.
Netanyahou avait-il conscience de ce qu’il allait déclencher en
lançant son offensive ? Sans doute pas, mais la situation a changé et il
va falloir qu’il prenne ces changements en compte s’il veut s’en
sortir. Gaza est devenue sa boîte de Pandore.
NdT
* Le Choix d’Hobson est un choix apparemment libre qui n’en est pas vraiment un.
* Le Choix d’Hobson est un choix apparemment libre qui n’en est pas vraiment un.
LE WERWOLF
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Date de parution de l'article original: 22/08/2014
URL de cette page: http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=13208




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