La Bourgogne n’est pas encore concernée par le test national mais les pharmaciens du département ont déjà leur avis tranché sur la question.
«Quand je travaillais dans un village, j’avais une mamie qui venait
tous les mois prendre ses boîtes de médicaments ficelés dans un sac, et
puis, quand elle est décédée, on a découvert tous ses sacs empilés
derrière son canapé », se souvient encore Nathalie Davanture, directrice
de pharmacie dans le quartier dijonnais de Fontaine-d’Ouche. Sa
conclusion ? « On ne peut pas être derrière tous les patients pour être
sûr qu’ils prennent bien leur prescription », observe la pharmacienne.
La vente des médicaments à l’unité se veut le fer de lance de la
diminution des dépenses de la sécurité sociale. Une finalité dont
doutent bon nombre de pharmaciens de Côte-d’Or.
Dans la pharmacie
de Plombières-lès-Dijon, Alain a les mains occupées par son sac à
pharmacie empli de ses médicaments. Il ne se sent pas vraiment concerné
par ces mesures, lui qui considère prendre ses prescriptions avec
attention. « J’ai été opéré du cœur alors je ne fais pas n’importe quoi
avec la prise de médicaments ! », assure le septuagénaire. Son
pharmacien, Pierre-Olivier Variot, également président de l’USPO, le
syndicat majoritaire de la profession en Côte-d’Or, ne comprend pas non
plus la réelle utilité de ce nouveau fonctionnement que le ministère de
la Santé veut mettre en place. « Les boîtes sont déjà produites selon
les prescriptions. Avec la vente à l’unité, on va régler peut-être un
dixième des problèmes », explique-t-il.
Car si le patient ne va
pas au bout du traitement, la difficulté reste la même. « Il faut
améliorer l’observance des patients (respect des prescriptions du
médecin, ndlr) », suggère le pharmacien. L’autre danger, c’est de
prendre les pilules qui restent dans les armoires à pharmacie pour
s’automédicamenter. Une manière de se soigner qui favorise la résistance
de la maladie. Et puis, la traçabilité du médicament par le pharmacien
pourrait également être mise en danger. « Je dois savoir à qui je donne
quoi », note Pierre-Olivier Variot. « Il y a une raison à l’emballage
des médicaments ! » Il ne sait pas encore comment il pourrait procéder
pour donner les prescriptions à l’unité : couper aux ciseaux, noter pour
chaque patient le nom du médicament ou encore distribuer la pilule dans
des conditionnements individuels. Des procédés qui seraient, au final, à
la charge de la pharmacie.
« Nous pourrions aussi utiliser des
piluliers comme on le fait avec certaines personnes âgées », propose
Nathalie Davanture, pas contre l’idée d’accompagner les patients dans la
prise de médicament. « Mais cela prendrait énormément de temps à faire
avec une personne qui ne s’occupe que de cela », enchaîne-t-elle. Au
final, comme le souligne la pharmacienne, cela ne réglerait pas le vrai
problème : « Il faut responsabiliser les patients. »


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