samedi 20 septembre 2014

Euthanasie : "Je n'ai comme seule solution que leur donner la mort"




Médecin catholique en Belgique, où l'euthanasie a été légalisée il y a douze ans, Corinne van Oost explique pourquoi elle accepte de pratiquer cet acte. 


Après avoir pratiqué pour la première fois un acte d'euthanasie, Corinne van Oost a prié. Et beaucoup pleuré. C'était en 1995, pour Albertine, une patiente atteinte de sclérose latérale amyotrophique, une maladie neurodégénérative contre laquelle il n'existe aucun traitement et qui provoque une paralysie progressive des muscles. Albertine était "la première qui m'a obligée à confronter mes principes à la vie", écrit celle qui signe le livre-témoignage, Médecin catholique, pourquoi je pratique l'euthanasie.

"J'ai beaucoup espéré qu'Albertine meure naturellement. Mais était-ce humain de tabler là-dessus ? J'avais tout fait pour alléger sa souffrance, mais cela ne suffisait manifestement pas. Qui étais-je pour lui refuser la mort ?" s'interroge-t-elle. Pour elle, Corinne van Oost a transgressé un double interdit, l'un dicté par sa foi, l'autre par la loi puisque la Belgique, où elle exerce, n'a dépénalisé l'euthanasie qu'en 2002. "Je ne me suis jamais sentie condamnée par Dieu ni par mes collègues, assure-t-elle.

"Écouter la supplique d'autrui"


Formée à la fin des années 1980 à la maison médicale Jean-Garnier à Paris, Corinne van Oost est une chrétienne engagée et une ardente militante des soins palliatifs, qui permettent " la plupart du temps, lorsque la souffrance physique et morale du patient est prise en charge correctement, d'annuler la demande d'euthanasie". Mais quand la médecine échoue, " il faut savoir écouter ce désir de mourir, l'écouter en prenant au sérieux l'hypothèse de donner la mort", admet-elle.

Que les choses soient claires, tient-elle à souligner, "l'euthanasie n'est pas un acte de soin ; pour le médecin, elle sera toujours ailleurs". "Ce n'est pas un droit, mais un dernier recours ", assure de sa voix fluette, avec fermeté, ce médecin de 57 ans. "J'ai toujours conscience que je suis la première perdante. Comme médecin et comme chrétienne. Parce que je n'ai pas su convaincre l'autre que la vie vaut encore la peine d'être vécue même aux conditions que je lui propose. Tuer n'est pas une réponse à la souffrance. Pourtant il y a un mal plus grand que l'euthanasie, estime-t-elle, c'est de ne pas écouter la supplique d'autrui."

" Oui, on a l'impression de tuer "


Comment réagit-elle lorsqu'un souffrant est déterminé à mourir ? "Quand un patient me réclame l'euthanasie, la seule chose que je peux concrètement lui demander, c'est du temps, plaide-t-elle. C'est ainsi que je pourrai essayer de le comprendre, et de voir si on ne peut pas faire évoluer sa situation." "Parfois, les malades sont en demande d'euthanasie parce qu'on les a emmenés, en tant que médecin, dans des situations difficiles, qui leur semblent impossibles à vivre. C'est toute la question de l'acharnement thérapeutique ", dit l'auteur pour qui la sédation - pratiquée en France - n'est pas la solution. "Je ne me résous pas à abandonner le patient dans le sommeil. Je dois l'accompagner le plus loin possible et parfois, entre le sommeil et l'euthanasie, j'ai cette impression de mieux respecter l'autre en pratiquant l'euthanasie ", analyse Corinne van Oost.

Elle ne se dérobe pas. "Oui, on a l'impression de tuer", de "collaborer avec le mal". "Injecter un produit létal à quelqu'un, même mourant c'est combattre la vie", écrit celle qui ne parle jamais de religion avec ses patients, mais davantage de "sens". "C'est parce qu'ils ne voient pas de sens possible au temps qui leur reste que certains malades réclament l'euthanasie". "Nous parlons du sens de leur vie, pour qui, pourquoi ont-ils vécu ? Tout cela pour mieux les aider à clore leur existence."

Son témoignage se veut aussi un appel adressé à l'Église, qu'elle appelle à "se retrousser les manches". "Il est urgent qu'elle se mobilise dans l'accompagnement spirituel de fin de vie." Son récit est surtout un examen de l'évolution de nos sociétés modernes, de sa médecine, de ses malades et de ses mourants. "Je pense désormais qu'une société qui admet l'euthanasie est une société qui a gagné en humanité, soutient Corinne van Oost. Parce qu'elle a cessé de fonctionner à partir de l'image mentale d'un idéal pour entrer en cheminement avec des gens qui souffrent. Parce qu'elle reconnaît nos limites de soignants."



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Repéré par : Le Vieux Loup

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